Baptême du Seigneur et mon baptême

« … je fais de toi l’alliance du peuple, la lumière des nations »
Ces mots sont extraits de la première lecture, tirée du livre du prophète Isaïe.

Aujourd’hui, l’Église célèbre le baptême du Seigneur. Cette fête rappelle la vérité profonde du mystère de l’Incarnation, tel que la lettre aux Galates nous le révèle : « né d’une femme, le Christ a été sujet de la loi de Moïse… » (cf. Ga 4, 4-5). Homme parmi les hommes, en Jésus Christ, l’homme parfait est montré, révélé, manifesté. En devenant le fils de la Vierge Marie, Dieu a pris le chemin de l’humilité et de la justice. En recevant le baptême des mains de Jean le baptiste, son cousin, pour accomplir toute justice, comme le rapporte l’évangéliste saint Matthieu. Cette justice peut se comprendre comme son grand respect pour la mission de son précurseur : celle précisément de préparer hommes et femmes à sa venue, par l’administration d’un baptême de conversion, en vue d’une réconciliation et d’une communion avec Dieu.
« Alliance du peuple, lumière des nations », Jésus est ce serviteur qui ne crie pas et qui n’éteint pas la mèche qui vacille… au contraire, il permet à tout un chacun d’aller jusqu’au bout de soi-même, pour se réaliser et mener à bien sa mission propre reçue de Dieu. De cette manière, en recevant le baptême, tout croyant est plongé dans l’eau de la renaissance, pour renaître à une vie nouvelle. Le recevant lui-même, Jésus sanctifie le baptême, il lui permet d’aller jusqu’au bout de ce qu’il est comme signe. Depuis, à chaque plongée baptismale, les portes du ciel ne cessent de s’ouvrir, mettant fin à la punition due au péché de la désobéissance, et rétablissant la possibilité d’une communion parfaite avec Dieu, et entre les créatures divines.
A chaque baptême, l’Esprit se manifeste et se rend présent, rétablissant la relation entre Dieu et le pécheur, par la grâce du pardon octroyé gratuitement et gracieusement, où l’homme est rendu capable d’écouter la voix de son Dieu et de lui obéir. Une voix de Dieu qui n’effraye pas, mais rassure, révèle et sauve. Dans l’évangile selon saint Matthieu, c’est Jésus baptisé lui-même qui voit l’Esprit descendre sur lui et qui entend la voix retentissante venue du ciel. À la suite du baptême de Jésus, chaque baptisé est introduit à son tour dans l’intimité de Dieu. Avec la descente de l’Esprit sur lui, il est rendu capable d’entendre la voix de Dieu, en toute paix, en toute confiance. Cette communication intime et paisible rétablie produit un effet diamétralement opposé à ce qui s’est passé lors de la théophanie au Sinaï (livre de l’Exode). La manifestation de Dieu s’est passée d’une manière telle que les Israélites avaient demandé de ne plus entendre Dieu parler directement, mais par des médiations (cf. Exode 19).
Aujourd’hui, il existe encore une médiation : l’Eglise, la communauté des croyants, sacrement de la présence de Dieu. Par le ministère de l’Eglise, une entrée progressive au sein même de la trinité est devenue possible. Et tout baptisé est plongé par l’action ecclésiale, non pas dans l’eau du Jourdain, mais en Dieu lui-même. En effet, le verbe baptiser vient de la langue grecque et signifie plonger. Et les derniers mots de l’Évangile de saint Matthieu l’expriment clairement : « … allez, faites disciples toutes les nations ; plongez-les par le baptême dans le Père, le Fils et l’Esprit-saint, et enseigne-les à faire tout ce que je vous ai commandé (cf. Mt 28, 19-20).
Chers paroissiens, chères paroissiennes, ce jour du baptême du Seigneur est l’occasion pour nous d’actualiser notre propre baptême. Il nous faudra nous rendre avec Jésus dans le Jourdain, qui se prolonge dans l’Eglise, pour être plongé dans la vie de la sanctification inaugurée par le Christ Jésus. Par cet acte de foi, peut naître un monde réconcilié, où Terre et Ciel communiquent, l’humain et le divin dialoguent dans la paix, où chaque personne retrouve une vie d’amitié avec son Dieu et ses semblables. De ce fait, chaque baptisé pourra devenir avec le Christ : l’alliance du peuple, la lumière des nations.
Comment vivons-nous notre baptême ? Est-il actualisé à travers un engagement sans cesse renouvelé ? Est-il le lieu où s’accomplit toute justice : celle du respect de l’autre, de la confiance en soi et en Dieu ? Est-il vécu en un continuel et progressif plongeon en Dieu, dans la communion parfaite avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint ?
Bonne fête du baptême du Seigneur à chacun de vous.
Père Georgino RAMEAU, curé
